Le budget 2025 retire l’argent public de la santé et du bien-être des Canadiens pour le mettre dans les poches de l’armée et de la police

Le budget fédéral de cette semaine engage des milliards dans des politiques de type américain qui rendront le marché non réglementé des médicaments plus rentable et moins prévisible, ce qui nuira à la santé et au bien-être des communautés.

Dans les semaines et les mois qui ont précédé le budget 2025, le Premier ministre Mark Carney a parlé d’un moment national décisif, soulignant que les Canadiens devaient être prêts à se sacrifier pour le bien commun. Les budgets sont une mesure tangible des valeurs d’un gouvernement. En examinant les domaines dans lesquels le Premier ministre est prêt à dépenser et ceux dans lesquels il juge bon de couper, on voit clairement ce que et qui Carney est prêt à sacrifier, et dans quel but.

En ce qui concerne plus particulièrement la politique antidrogue, le budget 2025 prévoit des sommes considérables pour des investissements de type américain dans la répression aux frontières, l’armée et la GRC. Tout cela en dépit de décennies de preuves et d’une reconnaissance généralisée démontrant que, même avec des investissements publics massifs à long terme, ces tactiques ont non seulement échoué à réduire la demande ou l’offre de drogues, mais ont entraîné de graves conséquences négatives qui nuisent de manière disproportionnée aux communautés structurellement marginalisées.123

Dans le même temps, le budget 2025 réduit les dépenses fédérales d’environ 60 milliards au cours des cinq prochaines années et supprime près de 40 000 emplois dans la fonction publique, soit près de 10 % de l’ensemble de la main-d’œuvre du gouvernement fédéral. Le plan est truffé de “coupes furtives” par la suppression de programmes, y compris l’action sur les déterminants sociaux de la santé, le soutien au bien-être mental et la prévention et le traitement de la toxicomanie. 4

Ce budget ne tient pas compte d’investissements importants dans notre bien-être collectif : la garde d’enfants, l’assurance-médicaments, la réduction significative de la pauvreté, l’action climatique, nos systèmes de soins de santé publique et nos travailleurs.5 En revanche, il prévoit des changements en matière d’immigration qui font des migrants les boucs émissaires des défis sociétaux causés par les choix politiques, notamment en réduisant les places et les aides pour les réfugiés, les demandeurs d’asile et les étudiants étrangers.6

Pour ce qui est des points positifs, il convient de noter les nouveaux financements importants accordés à Femmes et égalité des sexes Canada, l’extension du programme de restauration scolaire et les petits investissements dans le Youth Climate Corps. De même, nous saluons l’accent mis sur le logement abordable par l’intermédiaire de Build Canada Homes, tout en attendant les détails de sa mise en œuvre. 7

Alors que les Canadiens qui ont du mal à joindre les deux bouts peuvent décider de renoncer à des biens non essentiels pour se procurer des biens de première nécessité, le gouvernement de M. Carney a réagi aux pressions budgétaires en offrant des cadeaux d’une valeur de 15 milliards de dollars à l’armée, à la police et aux forces de l’ordre, tout en réduisant, en ignorant et en limitant les services à la personne dont nous avons besoin.

Ce budget semble indiquer que le gouvernement fédéral se conformera à l’approche de l’administration Trump en matière de politique antidrogue, en intensifiant la criminalisation tout en choisissant de laisser les Canadiens sans les services et le soutien dont nous avons besoin. Cela signifie des ressources importantes dirigées vers la GRC et l’Agence des services frontaliers du Canada, en mettant l’accent sur les efforts visant à restreindre les drogues illicites et les produits chimiques précurseurs qui peuvent être utilisés dans leur production. En pratique, cela signifie une criminalisation accrue des personnes qui consomment des drogues, ce qui aggrave les inégalités subies par des groupes déjà confrontés à des préjudices disproportionnés – notamment les peuples autochtones, les communautés racialisées, les personnes handicapées, les travailleurs à faible revenu, les sans-abri et les personnes ciblées par la répression punitive des stupéfiants.

Malgré la rhétorique persistante du gouvernement libéral de M. Carney, la politique en matière de drogues reflétée dans le budget 2025 est fermement ancrée dans la coopération avec un régime américain qui semble n’avoir aucune considération pour les droits de l’homme ou le droit international.8

Qu’est-ce qui motive la réorientation de la politique antidrogue du gouvernement canadien dans le budget 2025 ?

Ce regain d’intérêt pour la militarisation des frontières et le maintien de l’ordre peut être attribué à M. Trump. Lorsque M. Trump s’est emparé des médias sociaux en faisant des déclarations non fondées sur le trafic de drogue en provenance du Canada et en menaçant d’imposer des droits de douane de 25 % au Canada et au Mexique, il a justifié ces menaces en faisant des déclarations inexactes sur l’ampleur du trafic de fentanyl qui entre aux États-Unis en provenance du Canada. Les données de ces dernières années montrent que moins de 1 % du fentanyl entrant aux États-Unis provient du Canada. 9

Dans un souci d’apaisement, le gouvernement fédéral a consacré 1,3 milliard d’euros supplémentaires à la sécurité des frontières au cours de la seule année écoulée, notamment pour l’achat de drones, d’hélicoptères, d’équipes cynophiles et de technologies de surveillance. Pour tenter d’apaiser le président et éviter une escalade de la guerre commerciale, le Canada a créé un nouveau rôle, celui de “tsar du fentanyl”.10 Ces investissements inutiles dans des politiques profondément erronées et nuisibles n’ont pas réussi à stopper les tarifs douaniers américains.

Trump a dit : “Sautez.” Le Canada a dit : “A quelle hauteur ?” Et comme le montre le budget 2025, nous avons continué à sauter, à injecter de l’argent public dans une criminalisation nuisible et inefficace et à trahir nos valeurs déclarées autour d’une approche de la politique des drogues axée sur la santé publique et les droits de l’homme, même si rien n’indique que cela aidera les gens ou aura un impact positif sur les négociations commerciales des États-Unis.

Lorsque nous cherchons à comprendre les décisions des gouvernements, nous pouvons nous tourner vers deux grandes motivations :

  • Une politique efficace : accomplit-elle ce qu’elle est censée faire d’un point de vue politique ? En l’occurrence, les investissements dans la criminalisation réduisent-ils l’offre ou la demande de drogues non réglementées ?
  • Une politique efficace : accomplit-elle ce qu’elle se propose de faire en tant que manœuvre politique ? En l’occurrence, apaise-t-elle une administration américaine volatile et cruelle ?

La réponse pour le budget 2025 ? Non et non.

Pour mettre fin à la crise des drogues non réglementées, de quoi avons-nous besoin en matière de politique des drogues pour sauver des vies et mettre fin à la crise des drogues non réglementées ?

Dans son mémoire pré-budgétaire, la Coalition canadienne des politiques sur les drogues a esquissé une voie susceptible de favoriser le bien-être de tous.11 Pour sauver des vies et prévenir les dommages, nous devons nous orienter vers une réglementation légale de toutes les drogues actuellement non réglementées. Au-delà, nous devons investir dans des solutions qui ont fait leurs preuves, notamment des logements sûrs et abordables, des salaires décents et la réduction de la pauvreté, des soins de santé publics universels et un éventail de mesures de soutien à la consommation de substances, y compris la réduction des méfaits, parallèlement à des traitements volontaires et fondés sur des données probantes.

Nos dirigeants élus s’alignent sur les caprices en matière de politique antidrogue d’un président américain qui a fait preuve d’un mépris flagrant pour les droits de l’homme, le droit international et même les éléments les plus élémentaires de relations commerciales raisonnables et prévisibles. Les Canadiens ont besoin que notre gouvernement fédéral donne la priorité au bien-être des personnes et des communautés ; cela signifie qu’il faut fonder la politique en matière de drogues sur des données probantes et sur les droits de l’homme, et veiller à ce que les dépenses publiques reflètent ce que nous valorisons vraiment.


  1. https://www.ohchr.org/en/press-releases/2023/06/un-experts-call-end-global-war-drugs ↩︎
  2. https://icclr.org/wp-content/uploads/2021/11/Dandurand_Law-Enforcement-Strategies-to-Disrupt-Illicit-Drug-Markets_Nov-15-2021.pdf ↩︎
  3. https://www.globalcommissionondrugs.org/wp-content/uploads/2021/12/Time_to_end_prohibition_EN_2021_report.pdf ↩︎
  4. https://budget.canada.ca/2025/report-rapport/pdf/budget-2025.pdf ↩︎
  5. https://childcarenow.ca/2025/11/04/media-advisory-mark-carneys-economic-plan-must-expand-child-care-system/?fbclid=IwY2xjawN4RpRleHRuA2FlbQIxMABicmlkETFPQlViaTdxYWdrUEZUYnRGc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHnaA6k-vye14yqm-xIYzmBuEsq2LG54wXXI3FsR4K7fgpwtuM5jjc6UfFRbu_aem_oUZKdxhnkahN3F9kh7Bgtg ↩︎
  6. https://migrantrights.ca/budget2025response/ ↩︎
  7. https://housingrights.ca/press-release-budget-2025/ ↩︎
  8. https://drugpolicy.ca/canadas-complicity-in-illegal-us-military-strikes/ ↩︎
  9. www.cbp.gov/newsroom/stats/drug-seizure-statistics ↩︎
  10. https://www.canada.ca/en/privy-council/services/publications/canada-fentanyl-czar-interim-report-june-2025.html#1 ↩︎
  11. https://drugpolicy.ca/about/publication/invest-in-evidence-a-results-oriented-funding-plan-for-canadas-drug-policy/ ↩︎